dimanche 23 novembre 2008

transplanté

DauphinéLibéré :
SANTÉ
Le doyen mondial des transplantés du cœur vit en Haute-Savoie : "Chaque matin, c'est... cadeau"
par La Rédaction du DL | le 16/11/08 à 07h30

Résumer sa vie est quasi impossible, tant Serge Rochet a empilé les expériences. Ce sportif aguerri sourit tous les matins en s'estimant chanceux.

Lorsqu'il remonte le cours de sa vie, Serge Rochet déroule une pelote dont le fil ne tisse quasiment que des liens sportifs. "Je suis né à Sallanches, mais j'ai passé le plus clair de mon enfance à Megève, élevé par ma mère." Alors, les pistes du Mont d'Arbois ne conservent pas longtemps leurs secrets et le jeune collégien alterne avec boulimie entre le foot, le patinage et le hockey sur glace. Au lycée du Fayet, il meuble les soirées d'internat par des matches endiablés, patins aux pieds, lorsque les hivers étaient beaucoup plus rigoureux. "On jouait à Saint-Gervais sur une patinoire en glace naturelle et le soir venu on redescendait en courant les 6 km qui nous séparaient de l'internat par les chemins de traverse."
Son chemin croise plusieurs fois celui de Johnny Hallyday
Puis, pour payer ses études, Serge Rochet délaisse ses montagnes en devenant plagiste à Nice, l'été venu. L'époque de l'insouciance, il la croque à pleines dents. Et comme il a toujours le sport chevillé au corps, il tisse des liens avec les footballeurs de l'OGC Nice avec lesquels il partage quelques séances d'entraînement le soir venu, cheveux dans le vent. Le destin lui permet de lier connaissance avec le "yéyé" de l'époque, Johnny Hallyday, habitué de l'Opéra Plage. Et comme le hasard fait bien les choses, la route des deux hommes se croise un peu plus tard en Allemagne, à Offenburg très exactement en 1965, lorsque Johnny (déjà entré au musée Grévin et plusieurs fois disque d'or) et Serge se retrouvent sous les drapeaux. "On s'est revu plusieurs fois depuis, lorsque Johnny vient à Megève, il a même la gentillesse de m'inviter à dîner. La dernière fois, c'était en 2001: de super souvenirs !"
En pleine force de l'âge, alors que la vie déroule son long fleuve tranquille, Serge Rochet, l'accro de la petite reine et du ski de randonnée, après avoir raccroché les patins, se retrouve brutalement désemparé. "Je m'en souviens comme si c'était hier. En juillet, avec des amis on avait sillonné la Bretagne à vélo et je me sentais fatigué. En août de retour d'une sortie (Megève-Annecy et retour) je n'avais plus de jus. Mon médecin a tout de suite flairé l'anomalie et m'a dirigé vers des spécialistes."
Transplanté deux fois en 24 ans
D'Annecy à Lyon, le diagnostic se confirme: myocardiopathie (1). "Là, en quelques jours ma vie a basculé. Je me suis retrouvé du jour au lendemain en arrêt maladie et de plus en plus affaibli." Terminées les déposes en hélico pour faire du ski hors piste. Aux oubliettes les longues sorties à bicyclette. À cet instant, Serge Rochet livre un autre combat. "Je n'avais que 34 ans à l'époque ! Je me suis raccroché au corps médical et notamment aux professeurs Sisteron et Dureau qui s'étaient penchés sur mon cas."
Le processus de la transplantation est déclenché en janvier 1979 "je ne me levais quasiment plus. En mai, le professeur Sisteron m'a emmené de Megève à Lyon dans sa propre voiture, j'étais soigné à la clinique protestante, je n'étais plus alimenté que par des perfusions."
Dans la nuit du 24 au 25 juin 1979, Serge Rochet recevra le coeur d'un jeune homme victime d'un accident cérébral. Trois rejets plus tard et une rééducation digne d'un sportif de haut niveau lui permettront de reprendre la vie par le bon bout. "J'ai pu refaire du sport quelques années plus tard (tennis, vélo, ski, randonnées en montagne, hockey en vétérans) j'ai même mis fin à mon congé longue maladie en reprenant une activité salariée. Tout allait bien et puis, en 2 003, au bout de 24 ans, la machine s'est à nouveau déréglée !" Mêmes symptômes, même parcours. !"Le 17 mai 2004, les veines de Serge Rochet battent au rythme de son... troisième coeur ! "La première fois, en 1979 nous n'étions que deux à être suivis dans le service de transplantation de Lyon, en 2004 nous étions 650 dans le même cas. La médecine a bien évolué !" Pas de nostalgie dans le timbre de sa voix, car Serge Rochet a appris à ne penser qu'à l'avenir ! "J'ai eu la chance de naître dans un pays riche, à la pointe du progrès médical. Alors, mes petits bobos ne sont pas grand-chose quand on y pense. Je me dis toujours: «vis chaque jour intensément comme si c'était le dernier. Mais continue tout de même à faire des projets.»(rires)
À 65 ans, le doyen mondial des transplantés cardiaques joue toujours au hockey sur glace, catégorie vétérans, trottine dès qu'il le peut, conscient que le sport lui a permis de surmonter toutes ces épreuves. D'ailleurs, à Vichy en juin dernier lors des Jeux européens des transplantés, auxquels il participait pour la première fois, Serge Rochet n'a pas fait dans le détail, raflant au passage huit médailles.
Un cadeau de plus !

(1) Terme désignant les affections graves du muscle cardiaque d'origine inconnue, provoquant un trouble du fonctionnement du coeur et évoluant généralement vers une insuffisance cardiaque et des troubles du rytme. Celle de Serge Rochet était d'origine virale.

REPÈRES
SPORT: Sélectionné en football dans la catégorie cadets départementaux (1957-58) il porte les couleurs de l'ES Sallanches. Dans le même temps, pratique le hockey sur glace et joue ensuite en première division successivement à Saint-Gervais (début des années 1960), Megève (fin des années 1960), Dijon (1972-74), et à Lyon (jusqu'en 1977).
MALADIE
Ressent les premiers symptômes de son insuffisance cardiaque en juin 1977. Transplanté du coeur dans la nuit du 25 au 26 juin 1979. Après 3 rejets (juillet, novembre 1979 et février 80) son état se stabilise. Ressent des symptômes similaires à ses premiers malaises en 2003. À nouveau transplanté le 17 mai 2004.
Devient doyen mondial des transplantés cardiaques fin 2004, début 2005 après le décès de son prédécesseur américain.

AUJOURD'HUI
Continue à pratiquer régulièrement le sport en général. Chevalier de la Légion d'honneur en 2005. Huit fois médaillé aux Jeux européens 2008 des transplantés: médaillé d'or du 30 km vélo, d'argent sur le 1 500 m course à pied et d'or du combiné des deux épreuves. Médaillé d'or au lancer du poids et saut en longueur. Médaillé d'argent sur le cross-country et médaillé de bronze au golf et en volley-ball.


Pierre BROUILLAUD
Paru dans l'édition 38H du 16/11/2008 (90635)

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des éléments intéressants dans ce parcours...

- "je me sentais fatigué. En août de retour d'une sortie (Megève-Annecy et retour) je n'avais plus de jus.
D'Annecy à Lyon, le diagnostic se confirme: myocardiopathie. Là, en quelques jours ma vie a basculé. Je me suis retrouvé du jour au lendemain en arrêt maladie et de plus en plus affaibli."

en fait Serge Rochet a fait le même scénario qui est arrivé à un certain nombre de sportifs de haut niveau ou intensifs : une sorte de burn out à l'entrée d'une période critique septennale... ici, celle de 35 ans. dans les cas que j'ai vus (vais essayer de les retrouver - (2) il s'agit entre autre de SFC (Syndrome de Fatigue Chronique) survenue de façon foudroyante à l'arrivée d'une période critique septennale.

(2)pour l'instant je me rappelle de Ricky Carmichael (moto) - Olaf Booden (foot)
Michelle Akers (foot) et il y en a d'autres. il faut aussi voir du côté d'autres appellations du "burn out" en question.


- le premier coeur a duré 24 ans ce qui est un cycle physique. (23 ans en principe, équivalent du cycle physique de 23 jours)

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